L'emmental compte parmi les fromages les plus consommés en France, reconnaissable entre tous à ses grands trous réguliers et à sa pâte souple couleur ivoire. Fromage à pâte pressée cuite, il séduit autant les amateurs de plateaux que les cuisiniers pressés qui l'apprécient râpé, fondu ou en tranches. Né dans les vallées suisses, il a conquis la France dès le dix-neuvième siècle avant de devenir un incontournable de nos réfrigérateurs. Derrière son apparente simplicité se cache pourtant un savoir-faire exigeant, une histoire riche et de multiples usages en cuisine. Découvrons ensemble ses origines, sa fabrication, ses secrets de dégustation et ses meilleures utilisations gourmandes.
L'origine et l'histoire de l'emmental
L'emmental doit son nom à la vallée de l'Emme, dans le canton suisse de Berne, où les fromagers fabriquaient déjà de grandes meules à pâte cuite au Moyen Âge. Cette région de montagne offrait un lait abondant et de qualité, produit par des vaches nourries à l'herbe grasse des alpages. Pour conserver ce lait durant les longs hivers, les paysans le transformaient en fromages de très grande taille, capables de traverser plusieurs mois sans s'altérer. La renommée de ces meules dépassa vite les frontières helvétiques. Dès le dix-neuvième siècle, des fromagers suisses vinrent s'installer dans l'est de la France, en Franche-Comté et en Savoie, pour y reproduire leur savoir-faire. La France développa alors sa propre production, qui prit une ampleur considérable au fil des décennies. Le climat, les prairies et la tradition laitière de l'Ouest, notamment en Bretagne et dans les Pays de la Loire, se prêtèrent particulièrement bien à cette fabrication. Aujourd'hui, la France est devenue l'un des plus grands producteurs mondiaux d'emmental, avec plusieurs centaines de milliers de tonnes chaque année. Le fromage voyage désormais sur tous les continents, sous des dénominations variées: on le connaît par exemple sous le nom de swiss cheese aux États-Unis. Une étape reste décisive dans son histoire comme dans sa qualité, celle de l'affinage. C'est pendant cette période, passée en cave à température maîtrisée, que la pâte développe ses arômes et que se forment les fameuses ouvertures rondes, improprement appelées trous. Pour bien comprendre ce processus lent et délicat qui transforme une simple meule en fromage de caractère, il est utile de se pencher sur l'art d'Affiner un fromage, un métier à part entière qui demande patience et précision. L'histoire de l'emmental est donc celle d'une rencontre entre un terroir de montagne, un besoin de conservation et un long apprentissage transmis de génération en génération. De ses origines suisses à son adoption française, il illustre parfaitement comment un produit local peut devenir un classique universel, présent aussi bien sur les tables familiales que dans la grande distribution. Sa longévité tient à sa polyvalence et à cette capacité rare à plaire à toutes les générations.
La fabrication de l'emmental
La fabrication de l'emmental repose sur un principe ancien mais exigeant, celui de la pâte pressée cuite. Tout commence par la collecte d'un lait de grande qualité, versé dans d'immenses cuves de cuivre pouvant contenir plusieurs milliers de litres. On y ajoute des ferments et de la présure afin de provoquer la coagulation. Le caillé obtenu est ensuite découpé très finement, jusqu'à former des grains de la taille d'un grain de riz. Vient alors l'étape de la cuisson: le mélange est chauffé à plus de cinquante degrés tout en étant brassé sans relâche, ce qui expulse le petit-lait et resserre les grains. Le caillé est ensuite soutiré, moulé puis longuement pressé pour chasser l'humidité restante et souder les grains en une masse homogène. Chaque meule est enfin plongée dans un bain de saumure qui parfume la pâte et forme la croûte. La meule rejoint alors les caves d'affinage, où elle séjourne au minimum six semaines. Elle passe d'abord en cave froide, puis en cave chaude, où la fermentation dégage du gaz carbonique: ce gaz, emprisonné dans la pâte souple, crée peu à peu les ouvertures caractéristiques. Il faut environ mille litres de lait pour produire une seule meule, dont le poids peut atteindre soixante-dix à quatre-vingts kilos. Cette exigence de matière première explique en partie la valeur d'un bon emmental fermier ou de tradition. Selon les cahiers des charges, certaines productions bénéficient d'une reconnaissance officielle qui garantit l'origine du lait et le respect des méthodes traditionnelles. La régularité des trous, leur taille et leur brillance sont autant d'indices de la maîtrise du fromager. Un affinage plus long donne un fromage plus typé, à la saveur légèrement fruitée, tandis qu'un affinage court offre une pâte plus douce et fondante. Le tableau ci-dessous résume les grandes étapes de cette fabrication, de la cuve à la cave, afin d'y voir plus clair sur ce parcours minutieux qui transforme un lait de prairie en un fromage généreux et reconnaissable au premier coup d'oeil.
| Étape | Description |
|---|---|
| Caillage | Ajout de ferments et de présure pour coaguler le lait |
| Découpage | Le caillé est tranché en grains de la taille d'un grain de riz |
| Cuisson | Chauffage à plus de 50 °C avec brassage continu |
| Moulage et pressage | Formation de la meule et expulsion du petit-lait |
| Saumurage | Bain salé qui parfume la pâte et forme la croûte |
| Affinage | Six semaines minimum en cave pour former les trous |
L'emmental en cuisine
En cuisine, l'emmental se distingue par une polyvalence remarquable qui en fait l'allié des repas du quotidien comme des plats plus élaborés. Sa faculté à fondre uniformément sans devenir filant à l'excès le rend idéal pour gratiner. Râpé et doré au four, il forme cette croûte appétissante qui couronne les gratins de légumes, les pâtes ou les plats de pommes de terre. Rien de plus réconfortant, par exemple, que de faire un gratin de pommes de terre et fromage nappé d'emmental fondant et gratiné à souhait. Le fromage entre aussi dans la composition des quiches et des tartes salées, où il apporte du liant et une saveur douce qui se marie à merveille avec les oeufs et la crème. Fondu, il garnit croque-monsieur, sandwichs chauds et pizzas, où il se marie volontiers avec le jambon, le bacon ou l'oignon. Sur une simple tranche de pain croustillant passée sous le gril, il offre un contraste de textures irrésistible entre le fondant du fromage et le croquant de la mie. L'emmental n'est pas réservé au salé: il accompagne aussi les fruits, notamment la poire et la pomme, dont la fraîcheur acidulée équilibre son gras. On peut ainsi le proposer en fin de repas, sur un plateau, ou l'intégrer à des préparations de boulangerie comme des feuilletés, des cakes salés ou de petites tartelettes. Ces dernières, garnies d'un appareil à base d'oeufs, de crème et d'emmental râpé, cuisent jusqu'à ce que la pâte soit dorée et la garniture prise: elles se dégustent chaudes ou froides, à l'apéritif comme en plat léger accompagné d'une salade. Pour cuisiner l'emmental au mieux, mieux vaut l'incorporer en fin de cuisson afin de préserver son moelleux, et l'associer à des ingrédients aux saveurs affirmées qui répondent à son caractère lactique. Sa richesse en calcium et en protéines en fait par ailleurs un ingrédient nourrissant, à consommer avec mesure en raison de sa teneur en matières grasses. Du plat mijoté au petit creux improvisé, l'emmental sait se rendre indispensable et transforme les recettes les plus simples en moments gourmands.
Bien choisir, conserver et déguster son emmental
Choisir un bon emmental demande un peu d'attention, car la qualité varie sensiblement d'un produit à l'autre. À l'achat, privilégiez une pâte de couleur jaune pâle à ivoire, souple mais ferme, sans dessèchement sur les bords. Les ouvertures, ces fameux trous, doivent être régulièrement réparties, ni trop nombreuses ni trop rares, avec une surface légèrement brillante qui témoigne d'un affinage réussi. Méfiez-vous d'un fromage présentant des taches vertes ou bleues, des zones poisseuses ou une odeur d'ammoniaque: ce sont des signes qu'il n'est plus consommable. Un morceau coupé à la demande, chez un fromager, offre souvent une meilleure garantie de fraîcheur qu'une portion préemballée, même si cette dernière reste pratique pour un usage quotidien. La conservation joue un rôle déterminant dans le plaisir de dégustation. L'emmental se garde au réfrigérateur, idéalement dans le bac à légumes où la température est plus douce et stable. Enveloppez-le dans un papier adapté, comme un papier sulfurisé ou son emballage d'origine, plutôt que dans un film plastique hermétique qui empêche la pâte de respirer et favorise l'humidité. Bien conservé, un emmental à la coupe se maintient plusieurs semaines, parfois jusqu'à deux mois pour une pièce entière. Si une légère moisissure apparaît en surface sur un fromage à pâte dure, il suffit généralement de retirer largement la partie concernée. Pour révéler tous ses arômes, sortez le fromage du réfrigérateur une trentaine de minutes avant de le servir: le froid endort les saveurs, tandis que la température ambiante libère ses notes lactiques et fruitées. À table, l'emmental se prête aussi bien à une dégustation nature, en collation ou sur un plateau varié, qu'à un accord avec un vin blanc sec et fruité, un cidre ou une bière légère. Coupé en bâtonnets, il fait le bonheur des enfants comme un en-cas riche en calcium. En somme, un choix avisé, une conservation soignée et une remise à température suffisent à transformer ce fromage familier en un véritable plaisir de bouche, fidèle à la longue tradition dont il est l'héritier. C'est à ce prix que l'emmental révèle toute sa générosité.
X.D.
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