Le mot du blog

Le pastis landais, à ne pas confondre avec la boisson anisée, est une brioche moelleuse et parfumée, fleuron de la pâtisserie des Landes et de la Gascogne. Reconnaissable à sa forme haute et cannelée, coiffée d'une croûte dorée saupoudrée de sucre, il embaume la vanille, la fleur d'oranger et l'armagnac ou le rhum. Ce gâteau de fête accompagnait autrefois les grandes occasions du calendrier gascon : Pâques, les mariages, les fêtes de village. On le partageait tiède, en tranches épaisses, avec un verre de vin doux ou une tasse de café. Sa mie filante et aérienne, obtenue par une longue levée, en fait un pur bonheur de boulangerie familiale. Réaliser un pastis landais demande de la patience plus que de la technique : il faut laisser le temps à la pâte de pousser, deux fois, pour développer tout son moelleux. Voici la recette authentique, pas à pas, pour retrouver le parfum des cuisines landaises un jour de fête.

Les ingrédients du pastis landais

Le pastis landais appartient à la grande famille des brioches levées à la levure de boulanger, mais il se distingue par sa richesse en beurre, en œufs et surtout par son bouquet aromatique généreux. Pour un beau pastis destiné à six ou huit convives, réunissez cinq cents grammes de farine de qualité, de préférence riche en gluten pour une belle tenue, quatre œufs entiers, cent cinquante grammes de sucre, cent cinquante grammes de beurre mou et un sachet de levure de boulanger déshydratée (ou vingt grammes de levure fraîche). Le cœur du parfum repose sur trois éléments indissociables du pastis : l'eau de fleur d'oranger, une gousse de vanille ou de l'extrait, et une bonne rasade d'armagnac, l'eau-de-vie emblématique de la Gascogne, que l'on peut remplacer par du rhum ambré. Certaines recettes ajoutent une pincée de sel, indispensable pour équilibrer, et un peu de lait tiède pour délayer la levure. Enfin, prévoyez du sucre en grains ou du sucre glace pour la finition dorée sur le dessus. C'est cet assemblage d'arômes, à la fois floral, vanillé et légèrement alcoolisé, qui donne au pastis landais son identité si particulière et le rapproche d'autres brioches parfumées du terroir. Si vous aimez ces pâtes levées moelleuses, vous apprécierez sans doute d'explorer d'autres recettes de brioches maison, qui reposent sur le même principe de patience et de générosité.

Origine et traditions gasconnes

Le pastis landais puise ses racines dans une longue tradition boulangère du Sud-Ouest. Son nom vient de l'occitan gascon pastís, qui désigne simplement un pâté ou une pâtisserie, sans aucun rapport avec l'anis. Autrefois, chaque famille landaise préparait son pastis pour les grandes fêtes, en profitant de la chaleur du four à pain communal ou du fournil de la maison. La brioche était pétrie la veille, laissée à lever toute la nuit près de la cheminée, puis cuite au petit matin pour être partagée en famille. La fleur d'oranger et l'armagnac, ingrédients précieux, marquaient le caractère festif du gâteau et le distinguaient du pain quotidien. Le pastis landais est ainsi devenu un symbole de convivialité et de générosité gasconne, indissociable des repas de Pâques et des noces de village. On le retrouve sous des formes voisines dans tout le Sud-Ouest, cousin du gâteau à la broche ou de certaines brioches bordelaises. Comme le célèbre baba au rhum, il illustre le goût méridional pour les pâtes levées imbibées d'alcool parfumé, où l'eau-de-vie ne domine jamais mais souligne délicatement la douceur. Aujourd'hui encore, le pastis landais figure en bonne place sur les marchés des Landes et de Gascogne, vendu dans ses moules cannelés caractéristiques, gardien fidèle d'un savoir-faire transmis de mère en fille.

ÉtapeDurée indicative
Délayer la levure et pétrir la pâte20 minutes
Première levée (pointage)2 heures
Dégazer et mettre en moule10 minutes
Seconde levée (apprêt)1 à 2 heures
Dorer et cuire au four35 à 40 minutes
Saupoudrer de sucre et laisser tiédir10 minutes

La préparation pas à pas

Commencez par délayer la levure de boulanger dans un peu de lait tiède, jamais chaud, avec une cuillère de sucre, et laissez-la mousser une dizaine de minutes. Dans un grand saladier ou la cuve d'un robot, versez la farine, le reste du sucre et le sel, puis creusez un puits. Ajoutez-y les œufs battus, la levure activée, l'eau de fleur d'oranger, les graines de vanille et l'armagnac. Pétrissez énergiquement jusqu'à obtenir une pâte homogène et souple, puis incorporez le beurre mou en morceaux et continuez à pétrir une bonne dizaine de minutes : la pâte doit devenir lisse, élastique et se décoller des parois. Couvrez d'un linge propre et laissez pousser à température ambiante, à l'abri des courants d'air, pendant environ deux heures, le temps qu'elle double de volume. Cette première levée, appelée pointage, développe les arômes et la légèreté de la mie. Dégazez ensuite délicatement la pâte du plat de la main pour chasser le gaz, puis déposez-la dans un moule à pastis beurré et fariné, haut et cannelé, sans le remplir plus qu'à moitié. Laissez à nouveau lever une à deux heures, jusqu'à ce que la pâte affleure le bord du moule : c'est l'apprêt, indispensable au moelleux final. Dorez la surface au jaune d'œuf battu et enfournez dans un four préchauffé à 180 degrés pour trente-cinq à quarante minutes, en surveillant la coloration et en couvrant d'une feuille d'aluminium si le dessus dore trop vite. Le pastis est cuit lorsqu'une lame plantée au cœur ressort sèche. À la sortie du four, saupoudrez généreusement de sucre en grains ou de sucre glace et laissez tiédir avant de démouler. Résistez à la tentation de le trancher trop chaud : il gagne à reposer pour que la mie se stabilise.

Astuces, variantes et dégustation

La réussite d'un pastis landais tient avant tout au respect des temps de levée : c'est la patience qui donne cette mie filante et aérienne, jamais compacte. Travaillez dans une pièce tiède, car la levure de boulanger déteste le froid, et ne négligez pas le pétrissage du beurre, qui rend la pâte souple et parfumée. Si vous manquez d'armagnac, un bon rhum ambré fait parfaitement l'affaire, et l'on peut renforcer le parfum floral en augmentant légèrement la dose de fleur d'oranger, sans excès pour ne pas amertumer. Certaines familles gasconnes ajoutent une pincée de safran, qui colore la mie d'un beau jaune doré et apporte une note subtile, tradition ancienne héritée des échanges commerciaux du Sud-Ouest. Pour une version plus festive, on peut glacer le dessus d'un mélange de sucre glace et d'eau de fleur d'oranger, qui forme une fine croûte blanche brillante. Le pastis landais se déguste tiède ou froid, en tranches épaisses, au petit-déjeuner, au goûter ou en dessert. Il accompagne à merveille une crème anglaise, une salade de fruits ou une compote, et se marie idéalement avec un verre de vin doux du Sud-Ouest, comme un Pacherenc ou un Jurançon moelleux, dont les notes de miel et d'abricot prolongent le parfum de la brioche. Rassis, il se transforme volontiers en un délicieux pain perdu. Ce gâteau généreux, symbole de la convivialité landaise, se partage sans façon autour de la table, dans l'esprit chaleureux des fêtes de village où il a toujours eu sa place d'honneur. Sa forme haute et dorée, son parfum enivrant et sa mie moelleuse en font l'un des plus beaux trésors de la pâtisserie de Gascogne.

P.R.